L’appât du Luisant

Chaque être humain a un réflexe « oh ! Ça brille ! ». Il est plus ou moins intense et variable mais il est toujours présent. C’est la raison pour laquelle les parcs d’attraction et les films d’action blockbuster rapportent de l’argent.

Ce réflexe a des conséquences. Cela signifie que même le rationaliste le plus endurci, l’esprit scientifique qui se base sur les faits, va occasionnellement s’éloigner du Chemin de la vérité pour déambuler brièvement le long de la Piste à Paillettes.

Nous y trouvons des expressions familières dont le contexte a été modifié : Big Data. Deep Learning. Blockchain. Cybersécurité. Tout à coup, les journalistes, VC et fondateurs de startups sautent sur les tables et dansent la gigue.

L’expression « fausse information » (Fake News) est probablement la plus récente mais ce n’est que le descendant ( ou « reboot » à Hollywood) du « Hype ». Le Hype perturbe la création de valeur et la capacité des consommateurs à identifier la valeur. C’est un élément clé de ce qu’Herbert Marcuse a appelé « La perfection du gaspillage ».

Tentons autre chose ! Appelons les choses par leur nom.

Un logiciel *est* un service

Lorsque l’« industrie des logiciels » est née, les logiciels était livrés par voie postale. Vous receviez des disques dans votre courrier, ou vous les achetiez dans un vrai magasin. Mais même à cette époque, avant le haut débit, les téléchargements numériques et les mises à jour automatiques, il était évident, de part leur nature « virtuelle », que vous n’achetiez pas un produit. Le disque, CD ou DVD n’était pas le produit mais l’emballage. Achetiez-vous alors les précieux octets que contenaient ces disques? Ou plutôt…

Ce que vous achetiez réellement — ce que vous achetez toujours aujourd’hui — c’est une licence d’utilisateur final. Vous achetiez la permission d’utiliser le logiciel, rien de plus. Vous ne preniez possession d’aucun produit physique (même pas virtuel). Vous obteniez simplement le droit d’utiliser un logiciel sur une ou plusieurs machines.

L’industrie des logiciels est, et a toujours été,
une entreprise de location de propriété intellectuelle.

Cette vérité est comparable à un mauvais clip vidéo : une fois que vous l’avez vu, impossible de l’oublier. La seule réaction rationnelle est de renoncer à tout ce que l’on « sait » et qui repose sur l’hypothèse qu’un logiciel est un produit.

Ce que ça change

Une fois que l’industrie des logiciels est complètement acceptée comme une industrie de services, d’agréables surprises apparaissent en pleine lumière:

  1. Le cycle de vie du logiciel est, en réalité, un cycle de vie d’une relation humaine.
  2. La valeur de n’importe quel bien logiciel est indissociable de la communauté qui le soutient.
  3. L’expérience utilisateur est le facteur qui contribue le plus à la valeur perçue.

Rien de tout cela ne signifie que nous ne pouvons jamais recourir à un design orienté produit ou à des méthodologies produit pour les logiciels. Mais nous en avons largement abusé.

Réfléchissez à ces évolutions récentes : cloud computing, DevOps, intégration/déploiement continus, microservices, la prolifération des API. Considérez-les du point de vue d’un prestataire de service. Les dangers du réflexe « ça brille !» se font ressentir.

Nous ne devons pas nous laisser dérouter par les outils que nous utilisons pour commercialiser le code. Quelle que soit la brillance de nos instruments, nous restons les régisseurs d’une valeur stockée, qui est perdue à moins qu’elle ne soit mise au service des gens.

Nous travaillons dans le secteur du service, au même titre que les barmen, les voituriers et les gérants d’hôtels. Notre vocation est la satisfaction client, devant l’excellence technique. Mais c’est sympa quand on peut avoir les deux.

Crédit photo :
Daniil Vnoutchkov
via Unsplash

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